
La Fifa pourrait toucher son premier argent privé avant la fin du mois d’octobre. L’instance dirigée par Gianni Infantino a fait savoir qu’elle attendait à cette échéance les premiers fonds générés par son projet de filiale chargée d’exploiter ses compétitions, ouverte à des investisseurs extérieurs. Le calendrier est serré : les 211 fédérations membres ont jusqu’au 19 septembre pour dire si elles approuvent le plan, une majorité simple suffisant à le valider. Face à ce projet, l’UEFA a convoqué ses 55 associations nationales pour arrêter une position commune. La Fédération française de football, membre influent du camp européen, se retrouve au cœur d’un vote qui peut redessiner le financement du football mondial.
Ce que propose réellement Gianni Infantino
Le projet consiste à créer une structure filiale chargée de gérer les tournois de la Fifa, dans laquelle des investisseurs privés pourraient entrer au capital. Autrement dit, l’instance ne vendrait pas ses compétitions, mais céderait des participations dans l’entité qui les exploite commercialement. Selon les informations publiées par la presse britannique, ces investisseurs seraient approchés par l’intermédiaire de proches du président américain Donald Trump, un point qui alimente une bonne partie des critiques.
La logique affichée est financière : faire entrer immédiatement de l’argent frais plutôt que d’attendre les cycles classiques de droits TV et de sponsoring, étalés sur quatre ans. La logique redoutée par les opposants est politique : une fois une partie du capital cédée, les décisions sportives — calendrier, format, nombre d’équipes — deviennent des décisions d’actionnaires.
Le calendrier : 19 septembre pour voter, fin octobre pour encaisser
Deux dates structurent ce dossier. Le 19 septembre 2026 est la date limite fixée aux 211 fédérations membres pour faire connaître leur position, la majorité simple étant suffisante pour lancer le processus. Fin octobre, la Fifa espère recevoir la première tranche de financement extérieur.
Ce séquencement laisse un peu plus d’un mois entre l’accord de principe et les premiers versements, ce qui suppose que les discussions avec les investisseurs sont déjà bien avancées. Un point qui nourrit le reproche adressé à Zurich : demander un vote sur un dispositif dont les contours financiers auraient été largement négociés en amont.
L’UEFA réunit ses 55 fédérations pour organiser la riposte
L’UEFA a convoqué l’ensemble de ses 55 associations membres afin de définir une réponse commune au plan de la Fifa. Le poids de ce bloc est arithmétique : 55 voix sur 211, soit environ un quart du corps électoral. Insuffisant pour bloquer seul un vote à la majorité simple, mais suffisant pour peser si l’Europe convainc l’Amérique du Sud ou une partie de l’Asie.
C’est la logique institutionnelle habituelle depuis plusieurs années : la Fifa dispose du nombre grâce aux petites fédérations, l’UEFA dispose de l’argent, des clubs et des joueurs. Un plan validé contre l’avis européen resterait juridiquement valide mais politiquement fragile.
Ce que la FFF et le football français ont à perdre ou à gagner
Pour la Fédération française de football, l’enjeu est double. À court terme, une manne redistribuée par la Fifa profiterait au développement, au football amateur et aux sélections de jeunes. À moyen terme, une gouvernance partagée avec des fonds privés signifie des compétitions calibrées pour le rendement : plus de matches, plus de fenêtres internationales, davantage de contraintes sur un calendrier déjà saturé.
Les clubs de Ligue 1, qui libèrent des internationaux pour les trêves et pour la Coupe du monde, sont directement concernés par cette question du calendrier. Chaque compétition supplémentaire ajoutée pour rentabiliser un investissement se traduit par des joueurs indisponibles et par un risque de blessure accru, sans compensation proportionnelle.
La Ligue 1 connaît déjà la formule : le précédent CVC
Le football français a une expérience directe de ce type de montage. En 2022, la Ligue de football professionnel a créé une société commerciale, LFP Media, et cédé environ 13 % de son capital au fonds d’investissement CVC Capital Partners contre près de 1,5 milliard d’euros. Le principe est exactement celui que la Fifa envisage à l’échelle mondiale : filialiser les droits, ouvrir le capital, encaisser tout de suite.
Le bilan français invite à la prudence. L’argent est bien arrivé dans les caisses des clubs, mais la crise des droits télé qui a suivi a montré qu’une avance de trésorerie ne remplace pas un marché solide, et qu’une part des revenus futurs est désormais partagée avec un actionnaire extérieur. C’est ce précédent que les fédérations européennes ont en tête au moment de se prononcer.
Les zones d’ombre qui restent à éclaircir
Plusieurs éléments essentiels ne sont pas publics à ce stade : le pourcentage exact du capital cédé, la valorisation retenue pour la filiale, la durée de l’engagement, l’identité précise des investisseurs et les droits de gouvernance qui leur seraient attachés. Tant que ces informations manquent, les fédérations sont invitées à approuver un principe plutôt qu’un contrat.
La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sert de toile de fond à ces discussions. C’est l’édition la plus vaste de l’histoire, avec 48 équipes, et donc l’actif le plus attractif que la Fifa ait jamais eu à valoriser. Le débat qui s’ouvre dépasse largement une question comptable : il porte sur la question de savoir qui décide, demain, de la forme du football international.
FAQ
Quand la Fifa doit-elle recevoir les premiers fonds privés ?
La Fifa indique qu’elle s’attend à recevoir la première tranche de financement extérieur d’ici la fin du mois d’octobre 2026, soit environ un mois après la date limite du vote des fédérations.
En quoi consiste exactement le projet d’Infantino ?
Il prévoit la création d’une structure filiale chargée d’exploiter les tournois de la Fifa, dont une partie du capital serait ouverte à des investisseurs privés. La Fifa ne vend pas ses compétitions elle-même, mais des participations dans l’entité qui les commercialise.
Comment le vote des fédérations fonctionne-t-il ?
Les 211 fédérations membres ont jusqu’au 19 septembre 2026 pour indiquer si elles approuvent le plan. Une majorité simple suffit pour que le processus se poursuive, ce qui donne un poids important aux petites fédérations.
L’UEFA peut-elle bloquer le projet à elle seule ?
Non. L’UEFA compte 55 fédérations sur 211, soit environ un quart des voix. Elle ne peut pas empêcher seule une décision prise à la majorité simple, mais elle peut faire basculer le vote en ralliant d’autres confédérations.
Le football français a-t-il déjà connu ce type d’opération ?
Oui. En 2022, la LFP a créé la société LFP Media et cédé environ 13 % de son capital au fonds CVC Capital Partners pour près de 1,5 milliard d’euros. Le mécanisme est comparable à celui envisagé par la Fifa, à une autre échelle.