
La Fifa veut vendre des parts de ses compétitions à des investisseurs privés, et le football mondial se déchire. L’Uefa a voté le boycott des tournois de la Fifa, Coupes du Monde comprises, si le projet va jusqu’au bout. Face à cette fronde européenne, une confédération reste étrangement muette : la Caf, qui dirige le football africain. Selon la BBC, ce silence pourrait bien se transformer en soutien, et faire de l’Afrique la dernière alliée de Gianni Infantino.
Ce que la Fifa veut vraiment vendre
La Fifa envisage de céder des participations dans ses propres compétitions à des investisseurs privés. Autrement dit, des fonds extérieurs deviendraient copropriétaires de la valeur commerciale de tournois qui appartenaient jusqu’ici, en théorie, à l’ensemble des fédérations membres. C’est ce point précis qui a mis le feu aux poudres.
Le raisonnement de la Fifa est simple : le nouveau format à 48 équipes, la Coupe du Monde des clubs élargie et l’inflation des coûts d’organisation exigent des capitaux frais. Les critiques répondent que le football n’est pas un actif financier comme un autre, et qu’ouvrir le capital d’une Coupe du Monde revient à céder une partie du patrimoine sportif mondial à des acteurs dont l’horizon est le rendement, pas le développement.
Aucun montant définitif ni aucun acheteur n’a été officiellement confirmé à ce stade. Ce qui est établi, c’est l’existence du projet et la violence des réactions qu’il a provoquées.
Le vote de l’Uefa : un boycott qui menace la Coupe du Monde
L’Uefa a voté le boycott des compétitions de la Fifa, Coupes du Monde incluses, si la vente de parts se concrétise. C’est la mesure la plus radicale prise par l’instance européenne contre la Fifa depuis des décennies, et elle a une portée immédiate : sans les nations européennes, une Coupe du Monde perd l’essentiel de sa valeur télévisuelle et sportive.
L’Europe fournit 16 places sur 48 au tournoi 2026, la quasi-totalité des clubs employeurs des meilleurs joueurs de la planète, et l’essentiel des droits TV mondiaux. Un boycott européen ne serait pas un geste symbolique, ce serait une amputation.
Reste que voter un principe et l’appliquer sont deux choses différentes. Les fédérations nationales, y compris la Fédération française de football, devraient assumer devant leurs opinions publiques l’absence de leur sélection à un Mondial. Personne, à ce stade, n’a franchi ce pas.
Pourquoi la Caf pourrait basculer du côté d’Infantino
Le silence de la Caf s’explique d’abord par une relation personnelle. Son président Patrice Motsepe entretient des rapports étroits avec Gianni Infantino, qui a soutenu son accession à la tête du football africain. Cette proximité s’est traduite par un flux constant de programmes et de financements Fifa vers le continent.
L’argument de fond est encore plus concret. Le modèle Infantino repose sur une redistribution accrue vers les confédérations les moins riches : élargissement du Mondial à 48 équipes, davantage de places africaines, hausse des dotations du programme Forward. Pour de nombreuses fédérations africaines, ces revenus ne sont pas un complément, ils constituent une part déterminante du budget.
Dans ce cadre, l’entrée d’investisseurs privés est perçue différemment à Johannesburg qu’à Nyon. L’Europe y voit une perte de contrôle sur un patrimoine qu’elle domine déjà ; l’Afrique peut y voir une source de financement supplémentaire pour des infrastructures et des compétitions qui en manquent cruellement.
L’arithmétique du Congrès : 54 voix qui pèsent lourd
À la Fifa, chaque fédération membre dispose d’une voix, quelle que soit sa puissance sportive. La Caf compte 54 membres, l’Uefa 55. Sur le papier, l’Afrique pèse presque autant que l’Europe, et bien plus que la Conmebol et ses 10 fédérations sud-américaines.
C’est toute la logique du pouvoir d’Infantino depuis 2016 : construire une majorité en s’appuyant sur l’Afrique, l’Asie et la Concacaf plutôt que sur les grandes fédérations européennes. Si la Caf se range derrière le projet, l’Uefa peut se retrouver isolée malgré son poids économique.
Aucune position officielle n’a été rendue publique par la Caf à ce jour. Son prochain comité exécutif sera scruté de très près.
Ce que ce bras de fer change pour les Bleus et la Ligue 1
Pour l’équipe de France, l’enjeu est direct : un boycott appliqué signifierait l’absence des Bleus à la Coupe du Monde 2026, à laquelle ils sont qualifiés et où ils figurent parmi les favoris. Kylian Mbappé aurait 27 ans au coup d’envoi du tournoi, en pleine maturité sportive. Priver une génération d’un Mondial pour un différend de gouvernance serait une décision extrêmement lourde à assumer publiquement.
Pour la Ligue 1, la question est financière et déjà familière. Le championnat français a expérimenté l’entrée de fonds d’investissement dans sa filiale commerciale, avec des résultats très discutés et une crise durable des droits TV domestiques. L’expérience française sert d’avertissement concret : la vente d’une part du capital apporte du cash immédiat, mais engage la gouvernance sur des années.
Les clubs français ont par ailleurs un intérêt contradictoire. Ils critiquent la surcharge du calendrier imposée par les compétitions Fifa, mais les revenus de ces mêmes tournois irriguent le marché des transferts dont ils dépendent. Le silence prudent de la plupart des dirigeants de Ligue 1 s’explique largement par là.
Les scénarios possibles avant la Coupe du Monde 2026
Le scénario le plus probable reste le compromis. La Fifa maintient le principe d’une ouverture aux capitaux privés, mais l’assortit de garde-fous : plafonnement des parts cédées, exclusion de la Coupe du Monde masculine du périmètre, droit de veto des confédérations. L’Uefa sauve la face, le projet survit sous forme allégée.
Le deuxième scénario est l’épreuve de force jusqu’au Congrès, avec un vote où l’Afrique et l’Asie font pencher la balance. Dans ce cas, la question devient : l’Uefa applique-t-elle réellement son boycott, au risque de sacrifier ses propres sélections et de s’exposer à des poursuites de ses diffuseurs ?
Le troisième scénario, le plus destructeur, est la rupture durable et l’émergence d’une compétition européenne parallèle. Personne n’y a intérêt, ce qui explique pourquoi la plupart des observateurs le jugent peu crédible. Mais la simple évocation de cette hypothèse mesure la gravité de la crise actuelle.
FAQ
Que prévoit exactement le plan de la Fifa ?
La Fifa envisage de vendre des participations dans ses compétitions à des investisseurs privés, afin de lever des capitaux. Aucun acheteur ni aucun montant définitif n’a été officiellement confirmé à ce jour.
L’Uefa a-t-elle vraiment voté le boycott de la Coupe du Monde ?
Oui. L’Uefa a voté le boycott des compétitions de la Fifa, Coupes du Monde comprises, si le projet de vente de parts est mis en œuvre. Il s’agit d’une décision de principe qui devrait ensuite être appliquée par chaque fédération nationale.
Pourquoi la Caf ne s’est-elle pas exprimée ?
La Caf est restée largement silencieuse. Son président Patrice Motsepe entretient une relation de travail étroite avec Gianni Infantino, et le football africain bénéficie directement de la politique de redistribution de la Fifa, ce qui rend une opposition frontale peu probable.
L’équipe de France risque-t-elle de manquer le Mondial 2026 ?
Uniquement si le boycott voté par l’Uefa était réellement appliqué par la Fédération française de football. À ce stade, aucune fédération n’a annoncé le retrait de sa sélection, et un compromis reste le scénario le plus attendu.
Combien de voix pèsent l’Afrique et l’Europe à la Fifa ?
La Caf compte 54 fédérations membres et l’Uefa 55, chacune disposant d’une voix au Congrès de la Fifa. C’est ce quasi-équilibre qui rend la position africaine décisive dans ce bras de fer.