
La Fifa ne bougera pas. Vingt-quatre heures après le vote de l’UEFA menaçant de boycotter les Coupes du Monde, l’instance dirigeante du football mondial a répondu par une formule : « personne ne vend le football ». Le projet de céder des participations dans ses compétitions à des investisseurs privés continuera son chemin. Pour le football français, la question n’est plus théorique : c’est le format même du tournoi que disputeront les Bleus qui est en jeu.
Ce que la Fifa veut vraiment faire
La Fifa prévoit de vendre des parts dans ses compétitions à des investisseurs privés, et a confirmé le 31 juillet 2026 qu’elle poursuivrait le processus de consultation malgré l’opposition. L’instance se défend de brader son patrimoine : sa réponse officielle, « personne ne vend le football », vise à distinguer une ouverture au capital d’une cession pure et simple des droits sur le jeu.
Le calendrier institutionnel est clair. Gianni Infantino, président de la Fifa depuis 2016, aurait besoin de 106 voix sur les 211 fédérations membres pour faire passer son projet. C’est une majorité simple, mais elle suppose de compenser les blocs qui viennent de se dresser contre lui.
L’UEFA vote le boycott, la Concacaf rejette
L’UEFA, qui gouverne le football européen et compte 55 fédérations membres, a voté jeudi le principe d’un boycott des Coupes du Monde si le plan allait à son terme. C’est la menace la plus lourde jamais brandie par la confédération européenne contre la Fifa : sans l’Europe, un Mondial perd ses champions du monde, ses finalistes et l’essentiel de sa valeur télévisuelle.
La Concacaf, qui gouverne le football en Amérique du Nord et centrale et vient d’accueillir le Mondial 2026, a annoncé que ses 41 associations membres « rejetaient » elles aussi la proposition d’Infantino. Additionnées, ces deux confédérations représentent 96 fédérations — soit largement de quoi priver la Fifa de la majorité de 106 dont elle a besoin.
Ce que risquent l’équipe de France et la FFF
La Fédération française de football est membre de l’UEFA et se retrouve donc, de fait, engagée par le vote de boycott. Si le bras de fer va au bout, l’équipe de France — finaliste en 2022, championne du monde en 2018 — pourrait être empêchée de disputer une Coupe du Monde par sa propre confédération. Aucune génération de Bleus n’a jamais été confrontée à ce scénario.
Le calcul économique est brutal pour la FFF. Les revenus de qualification et de participation au Mondial financent une part significative du football amateur et de la formation en France. Un boycott n’est pas seulement un geste politique : c’est un trou dans le budget fédéral, avec des répercussions jusque dans les clubs de district.
La Ligue 1 dans la ligne de mire des fonds d’investissement
Le football français connaît déjà bien les investisseurs privés. La Ligue de football professionnel a cédé une participation minoritaire de sa filiale commerciale à CVC Capital Partners en 2022, une opération qui a rapporté environ 1,5 milliard d’euros aux clubs. Le débat qui secoue aujourd’hui la Fifa, la Ligue 1 l’a donc mené trois ans plus tôt — et les critiques restent vives sur le prix payé à long terme.
C’est précisément cette expérience qui rend les dirigeants français ambivalents. Ceux qui ont défendu l’accord CVC ont du mal à condamner par principe l’ouverture au capital ; ceux qui l’ont combattu y voient la confirmation que le modèle se généralise, de la Ligue 1 jusqu’à la Coupe du Monde.
Et maintenant ? Les scénarios sur la table
Trois issues restent ouvertes. La Fifa peut aller au vote et tenter de réunir ses 106 voix en s’appuyant sur l’Afrique, l’Asie et l’Océanie. Elle peut aussi diluer le projet — plafonner les participations vendues, garantir un droit de veto aux fédérations — pour désamorcer la fronde. Ou reculer, ce que la déclaration du 31 juillet exclut pour l’instant.
La variable décisive sera l’attitude des confédérations restées silencieuses. Tant que la CAF, l’AFC et l’OFC n’ont pas pris position publiquement, personne ne peut affirmer que le projet est mort — ni qu’il passera.
FAQ
Que veut exactement vendre la Fifa ?
La Fifa prévoit de céder des participations dans ses compétitions à des investisseurs privés. L’instance conteste le terme de vente et affirme que « personne ne vend le football », mais le principe d’une entrée de capitaux privés dans ses tournois est bien confirmé.
Pourquoi l’UEFA menace-t-elle de boycotter la Coupe du Monde ?
Les 55 fédérations de l’UEFA ont voté jeudi le principe d’un boycott si le plan de la Fifa allait à son terme. C’est le seul levier réellement dissuasif dont dispose l’Europe : sans les sélections européennes, un Mondial perd l’essentiel de sa valeur sportive et commerciale.
L’équipe de France peut-elle vraiment manquer une Coupe du Monde ?
Juridiquement, la FFF est membre de l’UEFA et serait engagée par une décision de boycott de la confédération. Le scénario reste hypothétique tant que la Fifa n’a pas soumis son projet au vote, mais il n’est plus écarté par les dirigeants européens.
Combien de voix faut-il à Gianni Infantino ?
Il lui faudrait 106 voix sur les 211 fédérations membres de la Fifa. Or l’UEFA (55 membres) et la Concacaf (41 membres) s’y opposent déjà, soit 96 fédérations — ce qui rend l’obtention de la majorité extrêmement difficile en l’état.
La Ligue 1 a-t-elle déjà fait entrer un fonds d’investissement ?
Oui. La LFP a cédé une participation minoritaire de sa société commerciale au fonds CVC Capital Partners en 2022, pour environ 1,5 milliard d’euros redistribués aux clubs. C’est le précédent français le plus proche du débat actuel à la Fifa.