
Gianni Infantino a mis 40 millions de dollars (environ 30 millions de livres) sur la table de chacune des 211 fédérations membres de la Fifa. Le prix à payer : soutenir son projet de céder des parts des grandes compétitions de l’instance, Coupe du monde comprise, à des investisseurs extérieurs. L’information, révélée par le journaliste Simon Stone de la BBC le 29 juillet 2026, place la Fédération française de football devant un dilemme rare : encaisser, ou s’aligner sur la fronde européenne conduite par l’Uefa.
Ce que contient réellement la lettre d’Infantino aux 211 fédérations
Le président de la Fifa a écrit à l’ensemble des 211 associations membres pour leur annoncer qu’elles recevront 40 millions de dollars si elles approuvent son plan. Une première tranche de 20 millions de dollars (environ 15 millions de livres) est conditionnée à une acceptation avant le 19 septembre. Le mécanisme est limpide : la Fifa veut créer une filiale commerciale chargée d’exploiter ses principaux événements, dont la Coupe du monde, et ouvrir son capital à des investisseurs privés.
Ce n’est pas une subvention de développement classique. Les programmes Forward de la Fifa versent traditionnellement des montants annuels sans contrepartie politique. Ici, l’argent est explicitement lié à un vote. C’est précisément ce lien que dénoncent plusieurs fédérations européennes, qui y voient une pression exercée sur les plus petites associations, pour lesquelles 40 millions de dollars représentent parfois plusieurs années de budget.
Pourquoi l’Uefa et la FFF regardent ce plan avec méfiance
L’Uefa, confédération européenne, a convoqué une réunion d’urgence, et la Fédération anglaise (FA) a déjà exprimé publiquement sa désapprobation. Le fond du désaccord porte sur la nature même de la Fifa : une fédération sportive à but non lucratif, propriétaire de la Coupe du monde au nom du football mondial. Vendre des parts d’une filiale commerciale revient, pour ses opposants, à confier une part du contrôle du calendrier et de l’exploitation du tournoi à des actionnaires dont l’objectif est le rendement financier.
Pour la FFF, le calcul est délicat. La fédération française sort d’un cycle de gouvernance mouvementé et dispose de ressources solides grâce aux droits télé et aux performances des Bleus, ce qui rend les 40 millions de dollars moins vitaux que pour une fédération d’Océanie ou des Caraïbes. Mais un vote contre isolerait la FFF dans ses relations avec Zurich, à un moment où la France défend ses intérêts sur le calendrier international et sur l’organisation des compétitions de jeunes.
L’impact potentiel sur la Ligue 1 et les clubs français
Un investisseur privé entré au capital des compétitions Fifa aura mécaniquement intérêt à multiplier les dates et les formats rentables. C’est exactement le point de friction avec les clubs européens : la Coupe du monde des clubs élargie a déjà bousculé les intersaisons, et le PSG, seul club français régulièrement concerné par ces formats internationaux, en a mesuré les effets sur la préparation physique de son effectif.
Pour la Ligue 1, dont les revenus audiovisuels domestiques restent fragiles depuis les épisodes Mediapro et la création de la chaîne de la Ligue, chaque semaine de calendrier confisquée par une compétition internationale supplémentaire représente un manque à gagner et un risque de blessures pour les internationaux. Les clubs de l’élite française n’ont pas de voix directe au vote des 211 fédérations, mais leurs intérêts sont portés par l’Association européenne des clubs et par l’Uefa.
Un vote qui se joue aussi sur la réélection d’Infantino
Le calendrier n’a rien d’anodin. Gianni Infantino est attendu comme candidat à un quatrième mandat lors du Congrès de la Fifa en mars. Fixer une date limite au 19 septembre lui permet de mesurer très tôt le rapport de force et de consolider une base de soutiens parmi les fédérations les moins dotées, largement majoritaires en nombre de voix.
Le principe de la Fifa reste en effet un pays, une voix. Les 55 fédérations de l’Uefa, même unies, restent minoritaires face aux 211 membres. C’est la mécanique qui a permis à Infantino de faire adopter la Coupe du monde à 48 équipes et le format élargi de la Coupe du monde des clubs malgré les réserves européennes.
Ce qu’il faut surveiller d’ici le 19 septembre
Trois signaux méritent l’attention. D’abord, la position officielle que rendra publique la FFF, seule ou dans un communiqué commun des grandes fédérations européennes. Ensuite, le contenu de la réunion d’urgence de l’Uefa, qui déterminera si l’Europe part en bloc ou en ordre dispersé. Enfin, le nombre de fédérations ayant accepté avant la date limite, indicateur direct du poids réel d’Infantino avant le Congrès de mars.
Aucune structure d’investissement, aucun nom d’acquéreur potentiel ni aucune valorisation de la future filiale n’ont été communiqués officiellement à ce stade. Tant que ces éléments restent inconnus, les fédérations sont invitées à voter sur un principe plutôt que sur un dossier chiffré, ce qui constitue l’un des principaux griefs formulés en Europe.
FAQ
Combien la Fifa propose-t-elle exactement à chaque fédération ?
40 millions de dollars au total, soit environ 30 millions de livres, dont une première tranche de 20 millions de dollars accessible si la fédération accepte le plan avant le 19 septembre 2026.
Que veut vendre exactement la Fifa ?
La Fifa souhaite créer une filiale commerciale chargée d’exploiter ses principales compétitions, dont la Coupe du monde, et permettre à des investisseurs extérieurs d’acheter des parts de cette structure. Elle ne vend pas la Coupe du monde elle-même, mais des participations dans l’entité qui l’exploite commercialement.
Quelle est la position de la France ?
La FFF n’a pas rendu publique de position définitive à ce stade. La contestation la plus visible vient de l’Uefa, qui a convoqué une réunion d’urgence, et de la Fédération anglaise, qui a exprimé sa désapprobation.
Est-ce que cela peut changer le calendrier de la Ligue 1 ?
Pas directement ni immédiatement. Mais des investisseurs privés dans les compétitions Fifa auraient intérêt à ajouter des dates internationales rentables, ce qui accentuerait la pression déjà exercée sur le calendrier domestique et sur la disponibilité des internationaux dans les clubs français.
Pourquoi la date du 19 septembre est-elle importante ?
C’est la date limite fixée par Infantino pour accepter le plan et débloquer la première tranche de 20 millions de dollars. Elle intervient plusieurs mois avant le Congrès de la Fifa de mars, où Infantino est attendu candidat à un quatrième mandat.