
Gianni Infantino n’a jamais paru aussi vulnérable depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016. Selon Goal, l’UEFA accélérerait ses démarches pour trouver un moyen d’écarter le dirigeant suisse du pouvoir, après l’effondrement spectaculaire de son projet de filiale commerciale à 20 milliards de dollars. Le dossier, baptisé FIFA Forward Enterprise, devait ouvrir le capital des droits de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Il a déclenché une levée de boucliers mondiale, et son abandon laisse aujourd’hui le président de la FIFA exposé comme jamais face à ses adversaires européens.
FIFA Forward Enterprise : la révolution commerciale qui a fait chuter Infantino
Le projet FIFA Forward Enterprise consistait à créer une structure commerciale distincte, valorisée autour de 20 milliards de dollars, destinée à commercialiser une partie des actifs de la Coupe du monde auprès d’investisseurs extérieurs. Sur le papier, l’objectif affiché était de démultiplier les revenus de l’instance mondiale et de financer le développement du football dans les fédérations les moins riches.
Dans les faits, l’idée de céder des parts sur la compétition la plus regardée de la planète a heurté de plein fouet une grande partie du monde du football. Fédérations, ligues nationales, syndicats de joueurs et groupes de supporters y ont vu la marchandisation d’un bien commun. Le recul de la FIFA sur ce dossier n’est donc pas un simple ajustement technique : c’est un désaveu politique.
Or, en gouvernance sportive, un revirement de cette ampleur ne reste jamais sans conséquence. Infantino avait engagé son crédit personnel sur le projet. Son abandon offre à ses opposants exactement ce qui leur manquait jusqu’ici : un motif concret, documenté, et compréhensible par tous.
Pourquoi l’UEFA passe à l’offensive maintenant
L’UEFA aurait accéléré ses plans parce que la fenêtre politique est ouverte pour la première fois depuis dix ans. Le rapport de force à la FIFA repose sur 211 fédérations, chacune disposant d’une voix, ce qui a longtemps protégé Infantino : l’Europe compte 55 membres, soit un peu plus d’un quart du collège électoral. Un échec public de cette ampleur peut en revanche faire bouger les fédérations d’Asie, d’Afrique et des Amériques restées jusqu’ici neutres.
Les tensions entre Nyon et Zurich ne datent pas d’hier. La Coupe du monde des clubs élargie, le calendrier international saturé, la répartition des revenus et le format à 48 équipes ont nourri des années de friction entre les deux institutions. La question du capital de la Coupe du monde ne fait qu’ajouter une couche à un contentieux déjà lourd.
Il faut toutefois rester précis : à ce stade, aucune procédure formelle de destitution n’a été officiellement annoncée. Les informations évoquent une accélération des discussions et une recherche de moyens juridiques et politiques, pas un vote programmé. La nuance compte, car les statuts de la FIFA rendent une éviction en cours de mandat particulièrement complexe.
Ce que dit le règlement : peut-on vraiment destituer un président de la FIFA ?
Destituer un président de la FIFA en exercice reste juridiquement difficile. Les voies existantes passent essentiellement par le Congrès, instance souveraine réunissant les 211 fédérations, ou par une procédure éthique menée par les organes juridictionnels indépendants de l’institution. Aucune de ces deux options ne se déclenche sur simple mécontentement politique.
La voie la plus réaliste pour l’UEFA consisterait donc à construire une coalition suffisamment large pour peser au Congrès, puis à faire converger les fédérations autour d’un candidat alternatif lors de la prochaine échéance électorale. C’est un travail de longue haleine, fait de réunions régionales, de garanties financières et d’engagements sur la redistribution des revenus.
Le précédent Sepp Blatter reste dans toutes les mémoires : en 2015, ce n’est pas un vote qui avait fait tomber le Suisse, mais l’irruption d’enquêtes judiciaires extérieures. Rien d’équivalent n’est aujourd’hui documenté concernant le dossier FIFA Forward Enterprise, et il serait imprudent d’établir un parallèle direct.
L’impact pour la France, la FFF et la Ligue 1
Pour le football français, l’enjeu est très concret. La Fédération française de football, présidée par Philippe Diallo, siège dans un bloc européen qui pèse lourd dans l’équilibre des forces à la FIFA. Toute recomposition au sommet influencerait directement les arbitrages sur le calendrier international, les fenêtres de sélection et les compensations versées aux clubs qui libèrent leurs internationaux.
La Ligue 1 est en première ligne sur la question du calendrier. Les clubs français, le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille en tête, subissent déjà une charge de matchs élevée entre championnat, coupes nationales et compétitions européennes. L’extension de la Coupe du monde des clubs et le format à 48 équipes de 2026 accentuent cette pression sur des effectifs limités par le plafond salarial de fait qu’impose le marché français.
Il existe aussi un enjeu de gouvernance pure. La France a historiquement joué un rôle central dans les instances internationales, de Jules Rimet à Michel Platini. Un rééquilibrage en faveur de l’UEFA replacerait mécaniquement les fédérations européennes influentes, dont la FFF, au cœur des décisions sur la répartition des revenus mondiaux.
Les scénarios possibles d’ici la prochaine élection FIFA
Trois trajectoires se dessinent. La première : Infantino encaisse le choc, multiplie les gestes financiers envers les fédérations les moins riches et se maintient jusqu’au terme de son mandat. C’est historiquement le scénario le plus probable, tant le système de vote un pays une voix favorise le président sortant.
La deuxième : l’UEFA parvient à fédérer au-delà de l’Europe, notamment auprès de confédérations sud-américaines et africaines mécontentes de la répartition, et impose un candidat de compromis lors de la prochaine élection. Cela suppose un accord préalable sur la clé de redistribution, condition sine qua non pour convaincre les petites fédérations.
La troisième : le statu quo dégénère en guerre ouverte, avec menaces de compétitions parallèles et recours devant les juridictions sportives et européennes. Ce serait le pire scénario pour les clubs et les joueurs, déjà pris en étau entre calendrier surchargé et contentieux sur les fenêtres internationales.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
Trois signaux permettront de mesurer la solidité de la position d’Infantino. D’abord, les prises de position publiques des confédérations non européennes : tant que la CAF, l’AFC et la Concacaf restent silencieuses ou favorables, l’offensive de l’UEFA plafonne.
Ensuite, le contenu du prochain rapport financier de la FIFA. L’abandon d’une structure censée générer 20 milliards de dollars laisse un trou dans les projections de revenus, et les fédérations voudront savoir comment il sera comblé.
Enfin, l’agenda du prochain Congrès de la FIFA. C’est là, et nulle part ailleurs, que se joueront les rapports de force réels. D’ici là, tout ce qui est annoncé relève de la préparation du terrain, pas de la décision.
FAQ
Pourquoi le projet FIFA Forward Enterprise a-t-il été abandonné ?
Le projet prévoyait de créer une filiale commerciale évaluée à environ 20 milliards de dollars pour ouvrir une partie des actifs de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Il a provoqué une réaction hostile mondiale de la part des fédérations, des ligues et des représentants de joueurs, qui y voyaient la marchandisation d’un patrimoine sportif collectif. Face à cette opposition, la FIFA a fait marche arrière.
L’UEFA peut-elle réellement destituer Gianni Infantino ?
Pas directement. L’UEFA n’a aucun pouvoir statutaire pour révoquer un président de la FIFA. La destitution passerait par le Congrès de la FIFA, où chacune des 211 fédérations dispose d’une voix, ou par une procédure éthique interne. L’Europe ne compte que 55 fédérations, ce qui l’oblige à construire une coalition bien au-delà de son propre périmètre.
Quand aura lieu la prochaine élection présidentielle de la FIFA ?
L’élection se tient lors d’un Congrès de la FIFA, l’instance qui réunit l’ensemble des fédérations membres. Aucun scrutin anticipé n’a été officiellement convoqué à ce jour. Tant qu’aucune date extraordinaire n’est annoncée, c’est le calendrier électoral ordinaire de la FIFA qui s’applique.
Quelles conséquences pour l’équipe de France et la Ligue 1 ?
Les effets seraient d’abord institutionnels. Un rééquilibrage en faveur de l’UEFA renforcerait le poids des fédérations européennes, dont la FFF, sur les décisions relatives au calendrier international, aux fenêtres de sélection et aux indemnités versées aux clubs. Pour la Ligue 1, l’enjeu principal reste la charge de matchs imposée aux effectifs par la multiplication des compétitions.
Ce conflit peut-il perturber la Coupe du monde 2026 ?
Rien n’indique aujourd’hui un impact sur l’organisation sportive du tournoi. La Coupe du monde 2026, organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique avec 48 équipes, suit son calendrier. Le bras de fer entre l’UEFA et la FIFA se joue sur le terrain de la gouvernance et des revenus, pas sur celui de la tenue de la compétition.