
Le football mondial n’avait plus connu ça depuis l’ère Blatter. La FIFA accuse désormais l’UEFA, noir sur blanc, de mener une « campagne de dénigrement contre elle et ses dirigeants ». La cible ? Gianni Infantino, son président depuis 2016. Le motif ? Son projet, finalement abandonné, de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés. L’affaire a basculé la semaine dernière. Selon BBC Sport, l’UEFA a déposé des documents judiciaires aux États-Unis pour obtenir la communication de preuves et de pièces détenues par la FIFA. Objectif affiché : préparer d’éventuelles plaintes pénales en Suisse, où siège la FIFA. Et l’instance européenne ne prend pas de gants : elle parle de « gestion criminelle » et d’un « prix frauduleusement hors marché ». Deux institutions qui se tirent dessus par avocats interposés, deux mois seulement après la fin du Mondial 2026 ? Pour la FFF, les clubs de Ligue 1 et les Bleus, ce bras de fer est tout sauf un feuilleton lointain.
Ce que la FIFA reproche exactement à l’UEFA
La FIFA affirme que l’UEFA orchestre une « campagne de dénigrement » visant l’institution et sa direction, avec Gianni Infantino en première ligne. C’est la réponse officielle de Zurich à l’offensive judiciaire européenne révélée par BBC Sport le 3 septembre 2026, depuis New York.
Le ton est inédit. D’habitude, les deux confédérations règlent leurs comptes en coulisses, entre une réunion de Conseil et un dîner de gala. Là, la FIFA choisit l’attaque frontale et publique. Un signe de nervosité ? Difficile de lire autrement une communication aussi agressive.
Rappelons l’ironie de la situation : avant de diriger la FIFA, Infantino était secrétaire général de l’UEFA, de 2009 à 2016. C’est l’Europe qui l’a porté au pouvoir. C’est l’Europe qui, aujourd’hui, veut ouvrir ses archives.
« Gestion criminelle » : l’offensive judiciaire de l’UEFA aux États-Unis
L’UEFA a saisi la justice américaine la semaine dernière pour obtenir des preuves et des documents détenus par la FIFA, en vue de possibles poursuites pénales en Suisse. C’est le cœur de l’escalade décrite par les journalistes Dan Roan et Michael Race de la BBC.
Pourquoi passer par les États-Unis ? Parce que la procédure américaine permet à une partie étrangère de demander à un tribunal fédéral d’ordonner la communication de pièces, pour alimenter un dossier à l’étranger. La FIFA a par ailleurs renforcé sa présence outre-Atlantique ces dernières années, ce qui rend cette voie d’autant plus logique.
Dans ses écritures, l’UEFA accuse Infantino de « gestion criminelle » et évoque « un prix frauduleusement hors marché ». Des mots qui, en droit suisse, renvoient à des infractions précises. À ce stade, aucune plainte pénale n’est formellement confirmée : il s’agit de « potentielles » réclamations, selon les termes rapportés par la BBC.
Le projet avorté de vendre des parts de la Coupe du monde
Tout part d’un plan porté par Gianni Infantino : céder des participations dans la Coupe du monde à des investisseurs privés. Ce projet a été abandonné, mais c’est bien lui que l’UEFA vise en parlant de prix « hors marché ».
Concrètement, l’idée aurait consisté à ouvrir le capital de la compétition la plus lucrative de la planète à des capitaux extérieurs. L’UEFA estime, selon ses documents judiciaires, que la valorisation envisagée était très en deçà de la valeur réelle. Frauduleusement, insiste-t-elle.
Les détails du montage, les montants et l’identité des investisseurs pressentis ne sont pas confirmés officiellement. Plusieurs médias évoquent des fonds venus du Golfe ou du monde du private equity, mais aucune de ces informations n’a été validée par la FIFA. Prudence, donc.
Pourquoi la France et la Ligue 1 sont directement concernées
La FFF est membre de l’UEFA, et les clubs français vivent en grande partie des compétitions européennes. Une guerre ouverte entre Nyon et Zurich touche donc directement la Ligue 1, la Ligue des champions et le calendrier des Bleus.
Prenez le Paris Saint-Germain. Le club a disputé la finale de la Coupe du monde des clubs 2025 aux États-Unis, une compétition voulue par Infantino et contestée par l’UEFA et les ligues européennes pour la surcharge du calendrier. Si les deux institutions se déchirent, c’est tout l’équilibre entre compétitions de clubs et de sélections qui vacille.
Pour la Ligue 1, déjà fragilisée par ses droits TV, l’incertitude est le pire des scénarios. Les revenus reversés par l’UEFA aux clubs français, les primes FIFA liées à la mise à disposition des internationaux, la préparation de l’Euro 2028 : tout dépend d’une relation de travail minimale entre les deux instances. Elle n’existe plus, aujourd’hui.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Infantino
Trois voies s’ouvrent : un accord discret entre les deux confédérations, une décision de la justice américaine sur la communication des pièces, ou l’ouverture d’une procédure pénale en Suisse. Chacune redessine l’avenir de Gianni Infantino, dont le mandat court jusqu’en 2027.
Le calendrier est explosif. La prochaine élection présidentielle de la FIFA approche, et la Coupe du monde 2030, partagée entre l’Espagne, le Portugal et le Maroc, doit encore être commercialisée. Une instance dirigeante fragilisée juridiquement, c’est un pouvoir de négociation amoindri face aux diffuseurs et aux sponsors.
Notre avis ? L’UEFA n’aurait jamais lancé une procédure aussi lourde sans un dossier solide, ou du moins sans la conviction d’en avoir un. À l’inverse, la FIFA ne crierait pas au complot sans s’être sentie réellement menacée. Le foot européen retient son souffle. La Ligue 1 aussi.
FAQ
Pourquoi la FIFA accuse-t-elle l’UEFA d’une campagne de dénigrement ?
La FIFA répond à une procédure lancée par l’UEFA aux États-Unis, qui vise à obtenir des documents internes en vue de possibles plaintes pénales en Suisse. Zurich estime que l’UEFA cherche à salir Gianni Infantino et l’institution.
Que reproche l’UEFA à Gianni Infantino ?
Dans ses documents judiciaires, l’UEFA parle de « gestion criminelle » et d’un « prix frauduleusement hors marché », en lien avec le projet abandonné de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés.
Le projet de vente de parts de la Coupe du monde est-il toujours d’actualité ?
Non. Le plan a été abandonné, mais c’est précisément la manière dont il a été conçu et valorisé qui est aujourd’hui contestée par l’UEFA.
Pourquoi l’UEFA passe-t-elle par la justice américaine ?
La procédure américaine permet à une partie étrangère de demander à un tribunal fédéral la communication de preuves destinées à une action à l’étranger, ici en Suisse, où la FIFA a son siège.
Quelles conséquences pour la Ligue 1 et l’équipe de France ?
Une rupture entre la FIFA et l’UEFA menace la coordination du calendrier international, les revenus reversés aux clubs français et la préparation des grandes compétitions comme l’Euro 2028 et le Mondial 2030.